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HOMMAGE À HERVÉ HASQUIN

par DANIEL DROIXHE

J’apprends le décès de Hervé Hasquin. Je l’ai rencontré vers 1970 quand, jeune licencié en philologie romane de l’Université de Liège, je militais en faveur du régionalisme wallon au Centre Jules Destrée de Charleroi. Hasquin, mon aîné de quelques années, représentait déjà une figure montante du monde intellectuel wallon. Je me souviens de l’avoir vu, la première fois, devant la tombe de Jules Destrée, lors d’un hommage.

Je le fréquentai peu durant les années où je préparais ma thèse à l’ULiège, mais une fois celle-ci soutenue, en 1974, j’intégrai le Groupe d’étude du dix-huitième siècle de l’Université Libre de Bruxelles, qu’il avait constitué avec Roland Mortier. Les colloques qu’ils organisaient donnèrent l’occasion d’échanges mémorables avec des collègues de l’ULB comme Henri Plard ou de rencontres. L’une d’elle me marquera durablement, puisque fut invité Robert Darnton, jeune étoile de Princeton que portait son étude sur le « windening circle » du livre du 18e siècle. L’impression que donnait Darnton, qui se présenta comme un « sauvage américain », fut dans mon cas décisive, car elle influa sur la constitution du groupe de recherche sur l’histoire de l’édition philosophique fondé à Liège avec Pol P. Gossiaux.

Je dois à Hervé Hasquin d’avoir été appelé à l’ULB. Alors que je m’occupais d’ethnographie au Musée de la Vie Wallonne à Liège, Jean-Jacques Heirwegh, un des jeunes historiens de l’ULB, m’informa par téléphone que Hasquin songeait à moi comme successeur de Pierre Ruelle, à la retraite. Je ne possédais ni la haute stature et la figure de houilleur de Ruelle, ni ses compétences de médiéviste. J’acceptai bien sûr une offre si flatteuse (sauf en ce ce qui concerne les cours de Moyen Âge) et je me souviens très bien d’une présentation de la vie universitaire, sur le terrain, par Hasquin. Vers 9 h. du matin, il me fait visiter le restaurant, où il m’expliqua qu’il veillait tous les jours à la qualité des produits du petit-déjeuner. Il était très soucieux d’allier bonne santé et dispositions intellectuelles. En fait, il portait à haut niveau le rapport du corps et de l’esprit. Nous nous sommes rencontrés un jour, à Liège, place du XX Août, dans un restaurant où il montra une inattendue frugalité, voulant garder toute sa concentration pour notre projet.

J’ai en effet participé sous sa direction, à partir de 1975, à diverses entreprises. On en trouvera la liste, au besoin, dans nos bibliographies. Des expositions sur l’époque des Lumières en Belgique furent organisées par le Crédit communal ou la Bibliothèque royale. L’épisode le plus marquant est constitué de la participation au 6ème Congrès International des Lumières (1983), dont Mortier et Hasquin avaient décroché la localisation à Bruxelles. Pol Gossiaux et moi y avons présenté une section consacrée à l’anthropologie et à l’histoire de la linguistique.

Hasquin réussissait dans toutes ses entreprises. Les événements de Mai 68 et des années suivantes firent mettre son nom – avec des adjectifs peu cordiaux – sur les bâtiments de l’ULB. Je ne fus pas de ceux qui l’accablèrent, mais j’étais parmi les professeurs qui appuyèrent la fermeture, par un mur, de la porte du bâtiment où il était un recteur trop autoritaire. J’occupais avec tant d’autres la salle du Conseil académique quand la police nous en expulsa : Hasquin se tenait, à la sortie, parmi les spectateurs du cortège des protestataires, et il me fit un amical et joyeux salut de la main. Il aimait la lutte et avait un culte du mérite qu’il appliquait, avec des sursauts inattendus d’indépendance, en politique, où règne d’abord la discipline. Je garde donc de lui le souvenir d’un homme « d’excellence », comme on dit aujourd’hui, qui chérissait les défis et qui me laisse un souvenir tout particulier.

15.07.2026


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