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N° 3. l’abbé raynal et la russie :
un projet méconnu (1781)*


Par ALEXANDRE STROEV

Deux lettres conservées dans les archives russes présentent un projet qui n’a jamais été réalisé : celui de faire attribuer à l’abbé Guillaume Thomas François Raynal le poste de consul général de Russie. Rappelons qu’à la fin de mai 1781, le Parlement de Paris ordonne que la troisième édition de l’Histoire des deux Indes soit brûlée par la main du bourreau, et que l’auteur soit arrêté et ses biens séquestrés. Prévenu d’avance, Raynal a quitté Paris et s’est réfugié à Liège où il est accueilli par le prince-évêque Velbruck[1]. L’imprimeur Clément Plomteux prépare alors à Liège une nouvelle édition de l’Histoire des deux Indes, peut-être avec une certaine collaboration de l’auteur[2]. A la mi-juin, le prince-évêque part pour Spa avec ses conseillers, et il est suivi par des ambassadeurs étrangers. Selon la Liste des Seigneurs et des Dames, venus aux eaux minérales de Spa, l’an 1781, l’abbé Raynal y arrive lui aussi le 19 juin 1781 et descend à l’Hôtel de Hollande[3]. Il y passe « quatre mois avec des agréments infinis[4] ».

Cet été-là, parmi les personnages de la haute aristocratie qui séjournent à Spa, on compte la princesse Frédérique d’Orange-Nassau, le prince Salm-Salm, le duc d’Arenberg, le prince Charles Joseph de Ligne, le baron Karl Sigismund von Seckendorff, etc. En juillet arrivent Marie Christine de Lorraine, archiduchesse d’Autriche, puis le prince Henri de Prusse et enfin, le 19 juillet 1781, l’empereur Joseph II. Friedrich Melchior Grimm décrit dans une lettre à Catherine II le dîner du 20 juillet 1781 que le prince Henri a donné à Spa à l’empereur d’Autriche ; Grimm y assiste avec « Raynal le proscrit par Séguier, à qui Henri a rendu auprès de Joseph les services les plus essentiels, en lui procurant un asile à Bruxelles avec tous les agréments possibles[5] ». L’empereur évoque ce dîner dans ses lettres à Catherine II (23 juillet 1781) et au prince Kaunitz (24 juillet 1781)[6].

Dans la même lettre à l’impératrice, Grimm présente la colonie russe de Spa : « Nous avons ici depuis quelques jours le comte et la comtesse de Bruce qui sont venus avec le comte Michel de Romanzov d’Aix la Chapelle, de même qu’une comtesse de Soltikov de Moscou. Le comte Serge de Romanzov est pareillement arrivé de Londres […][7] ». Sergueï Roumiantsev écrit dans son autobiographie qu’en 1781, ayant appris à Londres l’arrivée à Spa de sa tante la comtesse Praskovia Bruce, et de son frère aîné Mikhaïl, il les a rejoints dans cette ville ; ensuite il est allé avec eux à Paris[8]. Les trois frères Mikhaïl, Nikolaï et Sergueï étaient les fils du maréchal Piotr Roumiantsev ; Nikolaï et Sergueï étaient liés d’amitié avec Grimm et entretenaient avec lui une correspondance régulière. Il semble que Sergueï Roumiantsev, poète loué par Voltaire[9], ait fait à Spa la connaissance de Raynal et qu’il ait tenté d’apporter son aide au philosophe banni, son confrère de la République des lettres.

La lettre qui suit pose plusieurs problèmes. C’est une minute inachevée, sans signature ni adresse, dont on ne peut que supposer l’auteur et le destinataire ; la date peut être lue de deux façons différentes : 1781 ou 1782. La lettre a probablement été rédigée par Sergueï Roumiantsev et adressée en 1781 à son ami et protecteur Alexandre Bezborodko, secrétaire d’Etat de 1775 à 1796. En décembre 1781, Alexandre Bezborodko est nommé membre du Collège des Affaires étrangères. En qualité de secrétaire préféré de Catherine II, il a un rôle politique important et donne des instructions aux ambassadeurs. Ayant commencé sa carrière sous le maréchal Piotr Roumiantsev, il protège ses fils[10].

Comme cette lettre est écrite dans un français bien meilleur que celle que Sergueï Roumiantsev avait adressée à la princesse Amalia Golitsyna, femme du prince D. A. Golitsyne, au milieu des années 1770[11], il est possible qu’elle ait été rédigée non seulement avec le consentement de l’abbé Raynal, mais aussi avec son concours (« je suis autorisé de sa part… », « Je viens de lire ma lettre à l’abbé et il l’a confirmée dans tous les points… »). En fait, elle peut être considérée comme une lettre de l’abbé Raynal, adressée indirectement à Catherine II. L’objet de cette « humble requête de l’abbé » est double : Raynal cherche la protection de la cour de Russie, source de pensions et de gratifications, et lieu d’asile éventuel. Il demande donc à entrer au service de la Russie sans salaire, et tout en soulignant son désintéressement, s’engage à fournir régulièrement des informations. Il souhaite faire un voyage à Saint-Pétersbourg, en suivant les traces de Diderot et de Grimm. En second lieu, Raynal voudrait, grâce à l’appui de la Russie, recevoir la permission de rentrer en France et de s’installer dans le Midi.

1. Sergueï Roumiantsev [?] à Alexandre Bezborodko [?][12]

Spa le 30 d’aout 1781[13]

Voici Monsieur une importunité dont je ne doute point cependant que vous ne me sachiez quelque gré. Je vous fournis l’occasion de faire l’usage le plus satisfaisant des prérogatives de votre employ, et du credit personnel dont vous jouissez auprès de la plus grande et de la plus eclairée des souveraines. L’abbé Raynal qui vit ici avec nous, décreté par le Parlement de Paris sur une recquisition hypocrite de l’avocat général Seguier m’a fait entrevoir qu’il trouverait dans les bontés de l’Impératrice de quoi se consoler de l’injustice de cette persécution odieuse ; et comme ce qu’il m’a proposé n'etait ni de faire administrer le knout à l’avocat général, ni de se faire donner une pension, deux choses que plusieurs de ses illustres confreres n’auraient pas dedaigné de demander, j’ai crû que le  zêle que mon devoir m’impose pour la gloire de Sa Majesté Imperiale, et mon enthousiasme personnel pour son génie et sa bienfaisance, m’autorisaient à déposer à ses pieds, par votre entremise les vœux d’un Philosophe, digne de sa protection sous tous les points de vue.
       L’abbé desirarait d’ête nommé Consul general de Russie dans tous les ports de France et de fixer son séjour soit à Marseille, soit à Bordeaux selon qu’on le jugerai convenable pour les affaires. Il supplie l’impératrice de vouloir lui permettre de la servir uniquement pour le bonheur de meriter son approbation glorieuse. Mais ce désintéressement Monsieur n’est point un effêt d’une Philosophie sublime. Ce n’est que tout simplement la proposition d’un homme qui s’offre sous d’autres conditions que celles d’être payé et de ne rien faire. Je n’ai pas besoin d’ajouter que vous n’aurez pas non plus à lui reprocher la négligence des lumieres sur les rapports importans de commerce des deux etâts. Et encore moins ai-je besoin je pense de vous faire connaitre sa maniere de voir des objets de cette nature. mais je suis autorisé de sa part à vous assurer de l’exactitude avec laquelle il s’engage à communiquer sur ce sujet toutes les informations nécessaires. Et vous conviendrez que si on vous proposait d’obtenir pour quelques cahiers de cette espêce un brevêt qu’un commis du Ministre expedie fréquament sans beaucoup de ceremonie Vous ne seriez pas longtems à balancer. Les seuls obstacles que je puisse prevoir à l’execution de ce projet pourraient venir peut être du consentement du ministere francais ; mais l’abbé à qui j’ai fait cette objection, m’a assuré que toutes les places de ce genre etaient ordinairement remplis par des gens du pays ; que le decrêt du Parlement n’avait aucune force hors de sa juridiction, où il prétend resider ; et que d’ailleurs je crois qu’il n’est pas du tout de mode de faire des difficultés à l’Imperatrice sur quelques affaires que ce soit. Mais je vous supplie Monsieur de vouloir bien accorder votre intercession à celle-ci et d’avoir la bonté d’accompagner l’humble requête de l’abbé de tout ce que vous croirez necessaire pour rendre présentable ce que je viens de vous dire, simplement comme on dit les choses. Votre amitié pour moi me fait croire que vous ne rejetterez du moins ma priere que dans le cas que quelque circonstance qui m’est inconnue rende la chose absolument impossible. J’ai oublié d’ailleurs de vous dire que si vous parveniez à faire de notre Philosophe un Consul, non pas cependant Consul comme l’était le Philosophe Ciceron, il ne pourrait s’empêcher alors de venir prendre de vous ses instructions lui même ; et je ne crois pas que cette circonstance soit précisement celle qui vous fasse rejetter le ménagement de cette affaire.

Le 31 d’aout

Je viens de lire ma lettre à l’abbe et il l’a confirmée dans tous les points ; me priant[14] seulement d’y ajouter qu’il insistait particulierement sur la permission de ne pas recevoir d’appointemens ; comme une circonstance[15] essentielle pour

On se demande quel est le rôle de Friedrich Melchior Grimm dans cette affaire. Le 13 juillet 1781, il arrive à Spa et descend au même hôtel que le prince Henri, l’hôtel du Lion Noir[16]. Il fréquente la haute noblesse et dîne avec l’empereur. Selon Edmond Schérer[17], il est de retour à Paris le 23 août. Sergueï Roumiantsev arrive de Londres à Spa le 18 août 1781, juste avant le départ de Grimm. Il lui demande sa protection auprès de Catherine II pour obtenir l’autorisation de rester un an à Paris ; mais il ne semble pas le consulter sur Raynal, alors que Grimm connaît mieux que personne les sentiments et les intentions de l’impératrice. Grimm est absent de Spa lors de la rédaction de la lettre, et dans un endroit l’hésitation de l’auteur transparaît : « Vous ne rejetterez du moins ma prière que dans le cas que quelque circonstance qui m’est inconnue rende la chose impossible. ». Cependant, en arrivant à Paris en octobre 1781, Roumiantsev aurait pu consulter son mentor et ami.

Grimm connaît l’abbé Raynal depuis 1751, et, selon Jean-Jacques Rousseau, ils étaient à cette époque de bons amis[18]. Henri Meister rappellera que l’abbé Raynal, qui depuis 1747 envoyait des nouvelles littéraires à quelques cours d'Allemagne, avait cédé à Grimm ses pratiques[19]. Grimm ouvre la première livraison de sa Correspondance littéraire, celle du 1er mai 1753, par le résumé des Anecdotes historiques, militaires et politiques de l’Europe de Raynal.

La première édition de l’Histoire des deux Indes, publiée anonymement sous la date de 1770, n’est connue en France qu’à partir de 1772 : Grimm en parle dans sa Correspondance littéraire en avril 1772[20]. Cette année-là, il insère dans sa revue des textes écrits par Diderot pour la seconde édition de l’ouvrage de Raynal, les Fragments politiques échappés du portefeuille d’un philosophe qui paraissent dans les livraisons du 15 août au 15 novembre 1772. À la fin de l’année 1772, Grimm demande au comte Maximilian Wilhelm von Nesselrode, chambellan à la cour de Prusse : « A propos, le livre de l’abbé Raynal a-t-il percé dans vos contrées et l’avez vous lu ? » (Paris, 12 décembre 1772)[21]. Une semaine plus tard, le 19 décembre 1772, l’ouvrage est interdit par un arrêt du Conseil.

En 1767, Catherine II dans une lettre à Falconet mentionnait l’abbé parmi ceux qui avaient recommandé Le Mercier de la Rivière auprès de la cour de Russie, l’associant ainsi à  Otto von Stackelberg, Dmitri Alekseevitch Golitsyne et Diderot ; mais à cette date elle le connaît à peine, car elle écrit sont nom « de Real[22] ». En 1773, l’impératrice lit avec intérêt l’histoire dont elle ignore l’auteur. Elle écrit alors à Falconet : « Fi donc, comment peut on soupçonner Mr. de la Rivière d’avoir écrit l’Histoire philosophique etc. du commerce des Indes. Elle n’est pas assez ennuyante pour avoir passer par ses mains et le mot d’évidence ne s’y trouve pas assez souvent, la griffe de Mr. de la Rivière a plus de pesanteur La voyage en Russie ne saurait l’avoir changé à un point aussi méconnaissable[23] ». En septembre de la même année, elle parle de cet ouvrage à Voltaire : « L’Histoire Philosophique et Politique du Commerce des Indes m’a empêché jusqu’ici, en me donnant une très grande aversion pour les conquérants du nouveau monde, de lire l’ouvrage Posthume d’Helvétius[24] ». Grimm qui vient d’arriver à Pétersbourg, aurait pu lui donner des informations sur l’auteur. Après la publication de la seconde édition (1774), Catherine II charge le comte Ernst Münnich, directeur des douanes, de lire « l’article de Russie » et de mettre par écrit ses remarques[25].

Elle avait pu lire dans la Correspondance littéraire l’appréciation portée par Henri Meister sous la date de juillet :  Depuis l’Esprit des lois, notre littérature n’a peut-être produit aucun monument plus  digne de passer à la postérité la plus reculée, et de consacrer à jamais le produit de nos lumières et de notre industrie, mais quelque admirable qu’il soit pour le fond, avouons-le, c’est un ouvrage mal fait […], fatigant et pénible par les efforts même que l’auteur a voulu faire pour le rendre amusant[1] » et de s’étonner avec le rédacteur : « Que de livre brûlés et persécutés, même de nos jours, qui ne sauraient être comparés, pour la hardiesse, à l’Histoire philosophique ![27]». Enfin, en juillet 1780, avant que la troisième édition soit diffusée, Grimm avait envoyé à Catherine II un fragment concernant l’Amérique septentrionale : l’impératrice l’avait critiqué sévèrement[28].

Publiée à Genève chez Pellet, la troisième édition de l’Histoire des deux Indes est introduite en France au début de 1781. Grimm envisage d’en acquérir plusieurs exemplaires pour le duc Ernst II de Saxe-Gotha, pour la duchesse, pour le prince et pour les ministres d’Etat à la cour de Saxe-Gotha. Le 8 janvier 1781, il interroge le conseiller genevois François Tronchin à ce sujet et lui demande « où en est l’édition de l’abbé Raynal, si elle doit paraître ou non, si le libraire compte faire banqueroute aux souscripteurs ou leur rendre leurs avances » ; en effet, ajoute-t-il, « Je n’ai rien pu tirer de positif à cet égard de l’auteur lui-même et je vois qu’on le chagrine quand on lui en parle[29] ». Enfin le 14 avril 1781, Grimm prie Tronchin de lui renvoyer les quittances de souscription de la cour de Saxe-Gotha « parce qu’on m’assure que nous aurons ici nos exemplaires avant que l’édition paraisse à Genève et même longtemps avant[30] ».

Cette troisième édition de l’Histoire des deux Indes contient des chapitres sur la Russie qui sont en partie de la main de Diderot. Grimm en est effrayé. En mars 1781, il attaque Raynal dans les salons parisiens (notamment chez Mme de Vermenoux), ainsi que chez la fille de Diderot, Mme de Vandeul, et conseille au philosophe de se taire sur l’abbé. Diderot réagit en écrivant sa Lettre apologétique de l’abbé Raynal (25 mars) où il accuse Grimm d’être devenu un « des plus cachés, mais un des plus dangereux antiphilosophes[31] ».

Grimm (ou Henri Meister) s’en prend à l’abbé dans la Correspondance littéraire de juin 1781, et tourne en ridicule son rôle de pseudo-martyr, tout en insistant sur la part que ses « coopérateurs » ont pris à son ouvrage. Vers la même époque, Grimm envoie à Catherine II la copie d’une lettre de Jean Huber du 4 avril 1781 où le Genevois parle assez méchamment de Raynal[32]. Au mois d’août, de Spa, Grimm, comme nous l’avons vu, donne à l’impératrice des nouvelles de Raynal.

À l’automne 1781 et en 1782, Sergueï Roumiantsev séjourne à Paris. Selon son autobiographie, il devient alors un homme à la mode et il est reçu à la cour de Versailles. Grimm l’introduit dans le monde des gens de lettres, le présente aux Necker et lance même un projet de mariage avec Mlle Necker, la future Madame de Staël[33]. En septembre et octobre 1781, l’abbé Raynal séjourne à Liège ou aux environs de la ville. Néanmoins, une vive polémique, provoquée par la publication et l’interdiction du poème de Jean Nicolas Bassenge La Nymphe de Spa à l’abbé Raynal, oblige l’écrivain à passer l’hiver 1781 à Bruxelles, où il jouit de la protection de Joseph II. Il écrit à Adrien Paris, de Bruxelles, le 7 novembre 1781 : « Je n’ai pas encore pris de parti définitif sur ce que je  deviendrai. On me fait des invitations de tous côtés[34] ». Ce qui signifie que l’abbé frappe à toutes les portes, y compris celle de la cour de Russie.

2. Raynal à Sergueï Roumiantsev[35]

A Bruxelles le 6[36] decembre 1781

quelques gazettes avoient annoncé, Mon cher comte, que vous alliés entrer dans la carriere politique. je suis bien assuré que votre cour ne pouvoit pas mieux faire que de mettre vos talens en œuvre : mais comme aucun gouvernement ne profite de tous ses avantages, il etoit permis de douter de la foi des papiers publics. Je reçois aujourd’hui une lettre d’une personne tres considerable qui dit : « L’imperatrice de Russie envoye a mayence et dans les cours voisines le cadet des fils du marechal de Romansow, jeune homme elevé par M. de Grimm, tres ai[m]able et tres instruit, pour negocier des affaires de la plus grande importance[37] ».
       Je ne sais, Monsieur le comte, si je vous ai dit que malgré mon grand age, je ferois le voyage de Russie, pour peu qu’on le desirat.
       Si sa majesté l’impératrice persevere dans le dessein de me faire entrer a son service, dites moi franchement, s’il conviendra de demander ou non au ministere de france la permission d’accepter cette commission : je m’en tiendrai aveuglément a ce qu’on decidera sur ce point. Il ne s’agira point d’examiner ce qui me conviendroit mieux a moi, mais ce qui sera le plus du gout de votre cour.
       Si vous avès quelque chose d’un peu particulier a me faire sçavoir, envoyés votre lettre a m Grand[38] qui aura sous peu de jours une voie sure pour me la faire tenir.
       Recevés mes tendres respects et mes embrassemens.

a Monsieur / Monsieur le comte de Romansow / gentilhomme de la chambre / de l’imperatrice de Russie / a paris

Dans le même temps, l’abbé Raynal par l’intermédiaire de M. de Grèze, ministre français à Bruxelles, demande au comte de Vergennes la permission de rentrer en France et de résider dans la généralité de Montauban[39]. Le 2 décembre 1781, le ministre des Affaires étrangères donne une réponse négative[40]. Raynal décide de se rendre en Allemagne et le 27 février 1782, le veille du départ, il écrit de Bruxelles au banquier Grand : « Vous avès du recevoir deux lettres, l’une pour m. de Romansow, et l’autre pour mon neveu Camboulas. j’espere que vous aurès fait partir l’une et fait remetre l’autre. lorsque vous m’ecrirès, accuses moi, je vous prie, la reception de ces deux lettres très importantes[41] ».

D’après la lettre de Raynal à Sergueï Roumiantsev, Catherine II aurait accepté sa requête (« Si sa majesté l’impératrice persevere dans le dessein de me faire entrer a son service… »). Cependant en 1782 l’impératrice lit l’Histoire des deux Indes et son attitude envers Raynal change. Et quand en avril 1782, elle accuse l’abbé d’être un menteur[42], Grimm s’empresse de renchérir : « A la vérité je n’ai pas lu ce que l’Apôtre Raynal a griffonné sur la Russie ni sur d’autres objets, je n’ai pas vu sa nouvelle édition ; mais je me doute bien à quel point il a pu déraisonner sur des objets dont il ignore les premiers éléments[43] ». Grimm ajoute dans cette lettre du 27 mai 1782, que « l’apôtre Raynal » qui erre en Allemagne, se trouve en ce moment à Berlin, accompagné de la princesse Dachkova. L’impératrice doit refroidir le zèle de son correspondant : « Pour l’apôtre Raynal, je vous dispense de l’ennui de l’éplucher[44] ».

Néanmoins, il semble que l’abbé Raynal n’abandonne pas son idée de jouer la carte russe. Selon Dieudonné Thiébault, il a fait le voyage de la cour de Saxe à Berlin dans la voiture de la princesse Dachkova[45], qui rentre à Saint-Pétersbourg après un long séjour en Occident. Il poursuit sa correspondance avec la princesse, et sa lettre du 29 juillet 1782 laisse deviner qu'il est déçu par son séjour à Berlin[46]. Il semble que Frédéric II l’ait accueilli froidement[47].

En août 1782, Sergueï Roumiantsev fait un voyage à Spa. Là, d’après le brouillon de son autobiographie, il rencontre l’abbé Raynal : « Je fais une course à Spa. l’abbé Raynal et reviens à Paris[48]. » Néanmoins, selon Anatole Feugère et Dieudonné Thiébault, Raynal passe l'été en Allemagne. Il est probable que le comte Roumiantsev avait confondu les dates en rédigeant ses souvenirs.

La correspondance entre Grimm et le diplomate Nikolaï Roumiantsev fournit des éléments qui permettent de reconstituer la fin de cette histoire. En novembre et décembre 1782, ayant appris l’existence du projet, ils tentent tous les deux de persuader Sergueï Roumiantsev d’abandonner la cause de l’abbé Raynal. Grimm sait que l’impératrice n’aime pas accorder des titres de consul[49]. D’autre part, il voit sans doute d’un mauvais œil que Raynal brigue sa place de mentor auprès du jeune comte Sergueï, et ambitionne de devenir lui-aussi un agent de la cour de Russie. Enfin, l’abbé n’avait plus aucune chance de plaire à Catherine II et de réussir en Russie. En protégeant Raynal, Sergueï Roumiantsev risque de ruiner sa carrière, bien commencée mais à cette date quelque peu menacée : il peut tomber en disgrâce auprès de l’impératrice, déjà mécontente de son séjour trop prolongé à Paris, alors que Grimm intriguait pour le faire nommer ministre à Turin.

Grimm déclare à Nikolaï Roumiantsev : « Vous avez  écrit, mon cher Comte, au sujet de l’abbé Raynal deux ou trois lignes bien sages au grand homme [Sergueï Roumiantsev] que je lui ai conseillé de souligner, quoiqu’elles ne soient échappées qu’à une plume ordinaire » (Paris, 8 novembre 1782)[50]. Trois jours plus tard, il lui fait savoir qu’« un auteur américain célèbre, M. Paine, qui a écrit le Common Sense[51] vient de faire un pamphlet qu’on dit très solide, contre ce que l’abbé Raynal protégé du grand homme, a écrit sur la révolution américaine » (Paris, 11 novembre 1782[52]. La Correspondance littéraire parle de cette Lettre adressée à l’abbé Raynal sur les affaires de l’Amérique septentrionale, de Thomas Paine (avril 1783)[53]. Un mois plus tard, Grimm conclut : « Je suis en ma qualité d’homme commun absolument de votre avis contre celui du grand homme à l’égard de Messieurs de l’Empire de lettres. Je n’ai pas ignoré ses démarches en faveur du déclamateur [Raynal] ; mais il ne me convenait pas de les arrêter ; le grand homme n’aurait pas peut-être rendu justice au motif qui m’aurait fait agir et j’avoue que je suis chatouilleux sur ce point. D’ailleurs je savais d’avance que ces démarches n’aboutiraient à rien, parce que la grande dame [Catherine II] a l’esprit trop bien fait et trop lumineux pour donner dans ces attrapes » (Paris, 12 décembre 1782)[54].

Notons que les dictionnaires du XIXe siècle, y compris le Grand dictionnaire universel du XIXe siècle et la Nouvelle biographie générale, parlent du voyage de Raynal en Russie et de l’accueil chaleureux que lui aurait accordé Catherine II. Néanmoins, Anatole Feugère n’en souffle mot : probablement parce que ce voyage n’a jamais eu lieu. Huit ans plus tard, en 1790, lorsqu’elle rédigea une sévère analyse du Voyage de Pétersbourg à Moscou d’Alexandre Radichtchev, Catherine II notera que la critique du servage est empruntée au livre « abbéreynalien[55] ».

* Publié : Les Archives de l’Est et la France des Lumières, éd. Georges Dulac et Sergueï Karp, Ferney, Centre international d’étude du XVIIIe siècle, 2007, t. 2 (Inédits), p. 632-640.

NOTES

[1] Georges de Froidcourt, L’Abbé Raynal au pays de Liège (1781), Liège, Imprimerie nationale, 1946.
[2] Lumières dans les Pays-Bas autrichiens et la principauté de Liège, Bruxelles, Bibliothèque royale Albert Ier, 1983, p. 148-151. Selon Daniel Droixhe et Nadine Van Welkenhuyren, Raynal et Plomteux étaient sans doute en relations depuis longtemps, mais les dates respectives de l’édition et du séjour de l’abbé rendent cette hypothèse peu vraisemblable, « Les premières contrefaçons liégeoises de l’abbé Raynal », ulg.ac.be/moriane, mars 1996), mais les dates respectives de l’édition et du séjour de l’abbé rendent cette hypothèse peu vraisemblable. Voir également A. Stroev, « La troisième édition de L’Histoire des deux Indes dans les lettres inédites de l’abbé Raynal à la comtesse von Wartensleben », Raynal, de la polémique à l’histoire, SVEC 2000 : 12, Oxford, Voltaire Foundation, 2001, p. 133-141.
[3] Froidcourt, L’Abbé Raynal au pays de Liège, p. 23.
[4] Lettre de l’abbé Raynal à son ami, l’architecte Adrien Paris, 7 novembre 1781, cité d’après Anatole Feugère, Un précurseur de la Révolution. L’abbé Raynal (1713-1796). Documents inédits, Angoulême, Imprimerie Ouvrière, 1922, p. 307.
[5] Moscou, Archives des actes anciens (RGADA), F. 5, opis 1, n°152 (1), f. 136r° ; SIRIO, t. 44, p. 307.
[6] Joseph II und Katharina von Russland. Ihr Briefwechel, éd. Alfred von Arneth, Vienne, W. Braumüller, 1869, p. 99.
[7] RGDA, F. 1, opis 1, n° 152 (III), f. 139r° ; SIRIO, t. 44, p. 196.
[8] Moscou, Bibliothèque d’État de Russie (RGB), F. 255 – Rouminantsev, cart. 18, n° 43, f. 9.
[9] Voltaire fait éloge des vers de Sergueï Roumiantsev et les cite dans ses lettes au comte d’Argental (24 octobre 1774, Best. D19161), à Jacob Verne (28 octobre 1774, Best. D19165), et à d’Alembert (29 octobre 1774 Best. D19166) ; il le mentionne dans l’Éloge historique de la Raison (1775) ; voir L.V. Krestova, « Serge Rumjancev, poète et publiciste », Revue des études slaves, 36, 1959, p. 7-16 et Л.В. Крестова, « С.П. Румянцев, писатель и публицист », Русская литература ХVІІІ в. Эпоха классицизма (ХVІІІ век, 6) [L.V. Krestova, « S.P. Rouminatsev, écrivain et publiciste », La littérature russe du XVIIIe siècle. L’Époque du classicisme (XVIIIe siècle, 6)], Moscou-Leningrad, Nauka, 1964, p. 91-128.
[10] Письма А.А. Безбородки к графу П.А. Румянцеву [Lettres de A.A. Bezborodko au comte P.A. Rouminatsev], Saint-Pétersbourg, 1900. Grimm comprend vite le rôle de Bezborodko auprès de l’impératrice. À Spa, il déclare au prince Henri que pour avoir la protection de la cour de Russie il se ferait « l’ami solide de son grand moutardier, de son factotum, du général Bezborodka » (Grimm à Catherine II, 8/19 août 1781 ; RGADA, F. 5, opis 1, n° 152 (III), f. 134r° ; SIRIO, t. 44, p. 192).
[11] Paris, 9 octobre 1775, Alexandre Stroev et Georges Dulac, « Diderot en 1775 vu par Grimm. Deux lettres inédites de F. M. Grimm à la princesse Golitsyna et au comte Roumiantsev », Dix-huitième siècle, n° 25, 1993, p. 275-293 ; ici, p. 283-288.
[12] Moscou, RGB, F. 255, cart. 7, n° 43, fol. 1-2. Brouillon, non signé ; 22,7 x 19,3 cm. Au XIXe siècle, cette lettre, comme la suivante, faisait partie de la collection du comte Dmitri Alekséévitch Tolstoï et se trouvait parmi deux cents lettres de F. M. Grimm aux frères Nikolaï et Sergueï Roumiantsev. Au début du XXe siècle, la famille Tolstoï a offert ces documents au musée Roumiantsev, qui après la révolution deviendra la bibliothèque Lénine. Après la deuxième guerre mondiale, les bibliothécaires en faisant l’inventaire du fonds Roumiantsev, ont extrait ces deux lettres de la correspondance de Grimm et les ont classées à part.
[13] Les archivistes russes ont daté cette lettre du 30 août 1782.
[14] La minute comporte une variante, entre les lignes : m’ayant prié.
[15] Texte biffé sur la minute : que son caractere la situation de ses affaires et sur tout la nature de sa demarche exigeait absolument d’un homme tel que lui. La lettre est inachevée.
[16] Edmond Scherer, Melchior Grimm. L’homme de lettres, le factotum, le diplomate, Paris, Calmann-Lévy, 1887, p. 437 ; Froidcourt, L’abbé Raynal au pays de Liège, p. 27.
[17] Schérer, Melchior Grimm, p. 437. Les lettres de Grimm à Catherine II du 8/19 et du 12/23 août 1781 dans lesquelles il raconte sa vie à Spa portent une double indication de lieu : à Paris, à Spa.
[18] Jean-Jacques Rousseau, Confessions, P. II, L. VII (Rousseau, OC, t. 1, p. 369).
[19] CL, t. 1, p. 7 ; mise au point de cette question dans F.M. Grimm, Correspondance littéraire, t. 1, 1753-1754, éd. Ulla Kölving, avec la coll. De Jean de Booy et Christoph Frank, Ferney-Voltaire, Centre international d’étude du XVIIIe siècle, 2006, p. XXIV-XXXI.
[20 ]ICL, n° 72 : 072, p. 283.
[21] RGADA, F. 1292, opis 1, n° 276z, fol. 85v°.
[22] Catherine II à Falconet, 14 décembre 1767, SIRIO, t. 17, p. 31.
[23] Catherine II à Falconet, 14 décembre 1767, SIRIO, t. 17, p. 197.
[24] Catherine II à Voltaire, 11/22 septembre 1773, Best. D185559.
[25] Catherine II à Grimm, 21 décembre 1775 / 1er janvier 1776, SIRIO, t. 23, p. 13.
[26] CL, t. X, p. 454-455.
[27] CL, t. X, p. 455.
[28] Grimm à Catherine II, 10/21 juillet 1780, RGADA, F. 10, opis 3, n° 510, fol. 12r°-17v° ; SIRIO, t. 44, p. 82 ; Catherine II à Grimm, 24 juillet/4 août 1780 ; RGADA, F. 5, opis 1, n° 152(I), fol. 275r°-276v° ; SIRIO, t. 23, p. 183.
[29] Bibliothèque publique et universitaire de Genève (BPU), Archives Tronchin, t. 181, n° 28. Je remercie Véronique Otto qui a eu la gentillesse de vérifier la citation et de me fournir les renseignements sur les personnes mentionnées.
[30] BPU, Archives Tronchin, t. 181, n° 27.
[31] Diderot, Correspondance, t. 15, p. 213-214. La lettre n’a sans doute pas été remise à Grimm.
[32 ]Jean Huber à Grimm, Genève, 4 avril [1781], RGADA, F. 11, opis 1, n° 1020, fol. 17v°-18r°.
[33] Dans la version de l’autobiographie de Roumiantsev, publiée en russe par Piotr Bartenev (Русский архив [Archives russes], 1869, année 7, p. 839-854) plusieurs détails manquent. J’utilise une copie d’un premier jet de ce texte (RGB, F. 255, cart. 18, n° 43, fol. 9).
[34] Froidcourt, 1946, p. 83-84.
[35] RGB, F. 255, cart. 10, n° 9, fol. 1-2. Lettre autographe, non signée ; 19 x 15,6 cm.
[36] Ou peut-être le 5 décembre. La date est peu lisible.
[37] En réalité le poste de ministre plénipotentiaire à Francfort-sur-le-Main, auprès du cercle du Bas-Rhin est occupé par Nikolaï Roumiantsev et non par Sergueï, qui reste à Paris. Nikolaï est nommé à la fin de 1781 grâce à la protection d’Alexandre Bezborodko ; il part pour l’Allemagne en février 1782. À proprement parler, Grimm n’est pas le précepteur des frères Roumiantsev : à la demande de leur mère, il les avait accompagnés dans deux voyages à travers l’Europe, en 1774 et en 1775-1776.
[38] Banquier parisien que Raynal, dans ses lettres à Adrien Paris, désigne comme « cet excellent homme » (7 novembre 1781), « cet honnête banquier » (15 avril 1784). Plusieurs banquiers de la famille Grand sont installés à Lausanne, à Amsterdam, etc. Georges Grand (mort en 1793), chef de la maison d’Amsterdam, joue un rôle important pendant la guerre d’Amérique et se trouve souvent à Paris (Herbert Lüthy, La Banque protestante en France, de la Révocation de l’Edit de Nantes à la Révolution, Paris, SEVPN, 1959-1961 [réimpr. 1970], t. 2, p. 618).
[39] Feugère, Un précurseur de la Révolution, p. 29. « L’abbé Raynal est arrivé hier de Bruxelles dans l’intention d’y passer l’hiver. Il est venu me voir, et il m’a parlé avec autant de franchise que nous sommes compatriotes et d’anciennes connaissances. Il est véritablement navré de se voir proscrit en France et je crois qu’il aurait grand envie de négocier sa paix », La Grèze à Rayneval, Bruxelles, 22 octobre 1781, Paris, Archives du Ministère des Affaires étrangères, Fonds personnels, vol. 59, f. 129r°.
[40] Froidcourt, p. 84.
[41] Je remercie Muriel Brot qui m’a communiqué la photocopie de cette lettre conservée à la bibliothèque de Rouen, Collection Du Putel, n° 56.
[42] « Mais imaginez-vous que nous législatons, malgré les vaines déclamations de l’abbé Raynal contre nous » Catherine II à Grimm, 1er/12 avril 1782, SIRIO, t. 23, p. 231 ; « L’abbé Raynal ment quant il dit que je n’ai pu rien faire de ce que j’ai entrepris. C’est un mensonge très grossier ; le monde entier voit le contraire par ses propres yeux » (traduction de l’original en allemand, Catherine II à Grimm, 4/15 avril 1782, SIRIO, t. 23, p. 235). Notons qu’une grande partie des pages consacrées à la Russie et aux entreprises de Catherine II dans la troisième édition de l’Histoire des deux Indes (livres V et XIX) sont de Diderot (Michèle Duchet, Diderot et l’Histoire des deux Indes, Paris, Nizet, 1976, notamment p. 72 et 99).
[43] Grimm à Catherine II, 16/27 mai 1782, RGADA, F. 30, opis 1, n° 10 (1), fol. 96r° ; SIRIO, t. 23, p. 215.
[44] Catherine II à Grimm, 6/17 juillet 1782, RGADA, F. 5, opis 1, n° 152 (I), fol. 344v° ; SIRIO, t. 23, p. 247.
[45] Dieudonné Thiébault, Souvenirs de vingt ans de séjour à Berlin, éd. F. Barrière, Paris, Firmin Didot, [1re éd. 1860], 1891, t. 2, ch. 7, p. 11-28.
[46] Mémoires de la princesse Daschkoff, trad. de l’anglais par Alfred des Essarts, Paris, Frank, 1858-1859, t. 3, p. 249-250. Le texte de cette lettre est douteux car elle a été retraduite en français d’après la publication en anglais et l’original reste intoruvable : Memoirs of the princess Dashkaw, Lady of Honour to Catherine II, Empress of All the Russias. Written by herself, comprising letters of the Empress and other correspondence, ed. W. Bradford, Londres, H. Colbrun, 1840, t. 2, p. 195.
[47] Thiébault, Souvenirs de vingt ans de séjour à Berlin, t. 2, p. 14.
[48] RGB, F. 255, cart. 18, n° 43, fol. 9. Le 29 juillet 1782, Grimm fait savoir à Nikolaï Roumiantsev que Sergueï et Mikhaïl Roumiantsev partiront avec la comtesse Bruce à Spa, RGB, F. 255, cart. 7, n° 27, fol. 21-26v°.
[49] Catherine II à Grimm, 25 juin/6 juillet 1781 : « Oh ! pour les titres de banquier et de consul, ne m’en parlez plus, car d’ailleurs nous titrerons toute l’Europe et nos titres ressembleront à ceux de l’électeur de Cologne, c’est-à-dire qu’on fuira ceux qui les portent », SIRIO, t. 23, p. 209.
[50] RGB, F. 255, cart. 7, n° 28, fol. 9r°.
[51] En 1781, Thomas Paine, homme politique et auteur du Sens commun (1776), où il défend l’indépendance de l’Amérique, arrive en France pour y négocier un emprunt. En 1782, il publie A Letter addressed to the abbé Raynal (Eduardo Tortarolo, « La réception de l’Histoire des deux Indes aux Etats-Unis », Lectures de Raynal, SVEC 286, 1991, p. 305-328).
[52] RGB, F. 255, cart. 7, n° 28, fol. 11vo.
[53] ICL, n° 83:079.
[54] RGB, F. 255, cart. 7, n° 28, fol. 13v°-14r°.
[55] Archives du prince Vorontsov, t. 5, p. 419.

 

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